Samedi 10 juin 2006
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05:29
Lundi soir, j'ai écrit ce email à mon ange-gardien:
Coucou M*...
J'ai pris une décision aujourd'hui. En plein cours de math, alors que les gribouillages au tableau ne voulaient pas s'aligner dans mon cerveau.
J'ai décidé que j'allais prendre soin de moi. Du moins d'ici la fin des examens. Idéalement jusqu'au Pérou. Après on verra...
Je te l'écris à toi et maintenant pour que ce coup de tête devienne en quelque sorte un engagement. Pour donner plus de force à cette partie saine en moi qui essaie de vaincre la vilaine.
Prendre soin de moi... quatre mots simples mais à la fois si compliqués. Je sais que cela sera difficile certains jours. Je devrai réécouter mon corps. Manger trois repas par jour. Dormir un minimum. Ralentir l'entraînement et les activités... Prendre du temps pour moi. Juste pour moi. Le plus dur en fait, c'est de le faire pour moi... Ça ça risque de prendre plus de temps.
Pourquoi cette idée folle? Simplement parce que je vois bien que je suis près d'éclater. Parce qu'au rythme des dernières semaines, je ne me rendrai pas à la fin des examens. Parce que mon corps ne suit plus. Parce que ma tête s'embrouille. Et que j'ai encore assez de présence d'esprit pour m'en rendre compte.
C'est sûr que cela me fait peur... Mais je vais faire tout mon possible pour y arriver. Pour tenir la route... un minimum.
Et je voulais que tu saches que d'ici à ce que je pense à moi dans cette démarche, c'est en grande partie pour toi que je le fais.
Je tente tant bien que mal de respecter cette "promesse" mais il m'arrive certains écarts... Une petite crise d'anxiété qui me fait sauter un repas, un brin de culpabilité qui me précipite dans mes souliers de course... Mais j'y arrive plutôt bien. Et j'en suis fière... malgré que le rythme ralentisse un peu.
Cependant, lorsque je pense à ces bonnes résolutions, une petite voix trotte toujours à quelque part dans mon esprit...
"Dans deux semaines tu pars au camp. Il sera toujours temps là-bas de recommencer à te détruire! Et puis tu vas prendre soin des enfants, personne ne s'en rendra compte. Pas même toi!"
Une voix qui me fait peur, mais qui étrangement me rassure... J'ai bien beau vouloir quitter mon cocon pour déployer mes ailes multicolores de papillon, cette petite cage est tout ce que j'ai pour me protéger du monde extérieur... Mais tout de même, j'y suis à l'étroit et j'y risque l'axphyxie!
Deux voix, deux pensées aussi effrayantes l'une que l'autre...
Je me suis également rendue compte que je me trouve dans une prison dorée. Je l'ai moi-même érigée, elle me permet d'être une spectatrice du monde extérieur bien protégée dans ce lieu froid, prévisible, où les seules émotions qui tourbillonnent sont les miennes... en tête folle, je n'ai pas mis de serrure ni de clé j'ai parfois l'impression... où elle est la sortie ?